Le vent a emporté ses pensées sur ses ailes froides. Il les a jetées et éparpillées dans le monde. Où est sa place à présent ? Il traverse les rues sans que personne ne le voit. Il est invisible aux yeux des adultes. Seuls les enfants le remarquent. Ils le dévisagent sans retenue et il hésite entre refus et reconnaissance. Il s’arrête aux vitrines des magasins sans y entrer. C’est l’hiver, il fait froid et les boutiques ont mis le père Noël à l’honneur. Les rubans et les guirlandes invitent à acheter, mais il met les mains dans ses poches trouées et crasseuses et repart d’un pas hésitant. Il ne sait pas où aller.

 

Ce soir, il ira dormir dans sa construction en carton qui va l’abriter du mieux possible de l’extérieur. Mais il ne se sent pas en sécurité dans la rue. Il ne sait pas s’il verra demain, et si l’hiver rigoureux va lui laisser la vie. A moins qu’un compagnon d’infortune ne le batte à mort pour fouiller dans ses hardes et lui voler une bouteille de vin ou du pain. Il aurait dû prendre un chien, se dit-il. Il aurait eu une présence et une protection. Mais il a déjà du mal à se nourrir… Les foyers ne sont pas suffisants, et la misère devenue bien trop grande.

 

Ce soir, il va rêver à sa vie d’avant, alors qu’il existait encore et qu’il avait un nom et un statut social. Il va rêver à cette époque où il se levait pour aller travailler en maugréant parce qu’il n’en a pas envie, parce que ses collègues l’ennuient avec leurs petites histoires mesquines, parce que son travail n’est pas suffisamment payé, parce qu’il ne sait pas qu’il a tout. Il va rêver à tous ceux qui se plaignent sans savoir que les lendemains ne chantent pas pour tous. Il va rêver sans savoir s’il sera encore debout demain…

 

 

 

Cielpeintureàlhuile

Retour à l'accueil