Assise sous le grand chêne, adossée à son tronc paternel, elle tourne les pages de son livre, mais son esprit est loin. Elle attrape une mèche de cheveux qu’elle mordille distraitement, et revient en arrière pour relire ce qu’elle n’a pas vraiment lu. Le soleil réchauffe doucement la terre et les fleurs naissantes aux couleurs tendres pointent timidement. C’est le début du printemps. Les oiseaux sont heureux que l’hiver se termine enfin et leurs chants sont entrecoupés de disputes. Le chat est endormi au pied du mur de pierres dont une partie commence à s’effondrer sous le poids des ans, mais ses oreilles tournent et guettent pour lui. Par moment, il entrouvre un œil paresseux et le referme avec indolence.


Elle lève les yeux 316574_224268734305552_100001672822225_537649_1830783483_n.jpget son regard se perd à l’horizon. Les prés qui lui font face sont arrêtés par quelques arbres qui cachent les maisons voisines. Perdue dans ses rêveries, elle ne remarque pas que son livre lui échappe des mains et roule à ses pieds. Elle rassemble distraitement ses jambes et soupire doucement.


Alors qu’elle a l’âge des rondeurs enfantines qui adoucissent  le visage, ses joues sont creuses et son teint pâle. Ses yeux dévorent l’ensemble de son visage. Elle s’enveloppe d’une longue robe aérienne qui dissimule son corps trop fin et semble si facile à briser. L’air est doux et silencieux et elle s’abandonne dans cette atmosphère où la vie semble renaître dans le moindre brin d’herbe, les arbres qui l’entourent, le vol des oiseaux qui jouent et se poursuivent ou les odeurs ambiantes parfumées.


La mélancolie qui l’abrite déteint et assombrit le tableau bucolique qui se présente à ses yeux. Il y a un je ne sais quoi dans tout son être, comme une fêlure, une douleur palpable qui a mis tant de temps à sortir d’elle et la dépasse. Elle s’éteint en silence, malgré la volonté de ses parents de la soutenir et leur inquiétude latente. Sans un mot, jamais, elle supporte les visites du médecin, les séjours à l’hôpital, le passage journalier et incontournable sur la balance, la nourriture qu’on la force à avaler et qu’elle ne supporte plus. Elle n’a plus de goût pour la nourriture ni pour ce qui l’entoure, elle n’a plus le goût de vivre.


Même la peur de sa mère ne la fait plus réagir. Les mots qu’elle prononce ne la touchent plus. Elle est emmurée vivante dans son mal de vivre et personne ne peut l’aider. Elle s’éteint doucement comme le feu de l’âtre, et l’étincelle de la vie ne s’allume plus dans son regard. Vivre, c’est si douloureux pour elle ! Son corps résiste encore, mais elle n’est plus tout à fait là, emmurée vivante par une souffrance qu’on ne peut pas comprendre et qu’elle-même ne comprend pas…

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