IMG_3752.jpgLes yeux clos, le visage détendu, elle dort. Les rayons du soleil printanier se coulent doucement par la fenêtre et illuminent les rideaux. Elle dort dans le silence de la maison tandis que le chant des oiseaux explose dans des notes joyeuses et annonce le renouveau. Les papillons s’envolent en tourbillon léger et parsèment l’air des battements de leurs ailes  aériennes. La vie remuante et la gaieté après la froideur et l’immobilisme de l’hiver qui n’en finissait pas trépignent dans le jardin.

 

Elle dort et ses cheveux sagement coiffés encadrent son visage pâle. Pas un mouvement ne trahit sa présence dans la pièce, comme si elle n’existait pas. Sa robe couvre son corps si mince qu’il semble prêt à se casser. Ses longs doigts fins reposent le long de ses hanches.

 

Ses yeux clos fermés sur la beauté du matin ne bougent pas. Sa poitrine ne se soulève pas sous le rythme de la respiration. Ses traits déformés et bleuis trahissent la blancheur de la peau. Tout a été fait pour dissimuler au mieux les coups afin de lui rendre une dignité de femme, mais c’est son visage qui la trahit.

 

Elle repose enfin, sans crainte, sans peur, sans l’angoisse de l’erreur aussi petite soit-elle qui va déclencher le cataclysme sur elle. Frappée, méprisée, insultée, rabaissée, elle survivait dans la honte et l’obsession de cacher l’horreur. Aujourd’hui, son calvaire est terminé. Le bourreau sera puni, certainement. C’est une vie de douleurs face à un conjoint qui a trouvé plus faible que lui qui s’achève parce qu’il a trop joué avec sa poupée de son. Victime de sa faiblesse et de celle de l’autre, victime du danger qui rôdait dans son intimité, elle s’est éteinte comme la flamme d’une bougie dont on aurait brutalement coupé la cime.

 

Une femme meurt tous les deux jours sous les coups de son compagnon. Une femme sur dix subit les tortures morales, physiques, sexuelles d’un homme qu’elle aimait et à qui elle avait donné sa confiance. Pensons à elles, pensons à leurs enfants.

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