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Qu’ils sont beaux, ces objets déposés délicatement sur les étagères et dans les vitrines des antiquaires ! Ils sont si élégants qu’ils attirent le regard. Astiqués, étincelants de propreté, ils sont entre deux mondes, au repos, dans l’attente d’un nouveau foyer. Posés sur des tables de camping ou sur des couvertures à même le sol, les objets s’enchevêtrent et se bousculent dans les vide-greniers. Leurs formes et leurs couleurs s’interfèrent entre elles. Ils sont pleins de vie, parfois même martyrisés par le temps.

 

Doux, lisses, rebondis, chatoyants, rugueux, ternes, anguleux, ils sont garants d’une histoire antérieure et prêts à en inventer une nouvelle. Prenez ce vase en cristal et vous pouvez imaginer une maison bourgeoise à l’intérieur cossu. Une jeune fille élégante et parfumée vient de recevoir un billet de son amoureux, accompagné de roses duveteuses. Elle lit le mot et ses joues rougissent d’émotion. Elle saisit le vase afin d’y plonger les fleurs dont elle respire le parfum. L’encrier nacré vide de sa plume et de son encre vous fera songer à cette mère qui s’inquiète pour son fils parti en voyage depuis de longues semaines. Elle lui écrit une lettre emplie d’inquiétude et de sollicitude, le visage penché sur la feuille. Elle est devant la fenêtre et le jour entre à flot sur le parquet. Des tasses à café des années soixante rappellent un repas en famille un dimanche à midi. Les hommes sont assis autour de la table et sirotent un petit alcool ambré tout en soufflant des volutes de fumée dans l’air. On entend les cris des enfants en train de jouer dans le jardin.

 

La pratique industrielle a démultiplié la fabrication et la facilité de la consommation a rendu les objets insignifiants. On les casse ? On les change tout aussi facilement. L’indifférence est le résultat d’un monde qui va trop vite. J’aime pourtant imaginer une histoire autour d’une soupière dépareillée ou d’un livre quelquefois griffonné. Ils sont terriblement vivants… Je me sens proche d’Alphonse de Lamartine qui écrivit ces mots : « Objets inanimés, avez-vous donc une âme Qui s'attache à la nôtre et la force d'aimer ? »

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