Il fuit le sommeil, car il sait qu’il n’est pas son ami. Ses paupières sont lourdes, mais il préfère rester accoudé à la table en tirant sur une cigarette. Il regarde d’un air absent les volutes de fumée qui s’élèvent en légèreté et dessinent des images. Ses doigts qui tiennent le mégot sont jaunis et tremblent un peu. Sa barbe naissante accuse encore plus la fatigue de son visage. Il mordille son pouce et ses yeux tombent par hasard sur la pendule. Pourtant, il s’efforce de l’oublier, de l’ignorer, de ne pas la regarder.

 

Il pense à son lit, au plaisir de se glisser entre les draps, au corps qui se détend. Il sait pourtant qu’une fois allongé, le sien va se tendre. Son esprit  partira vagabonder dans des lieux qu’il ne veut plus voir. La nuit si noire devient blanche et sa pâleur l’obsède. Dormir, dormir, dormir. Il ne pense plus qu’à ça depuis que le sommeil le déroute. Allumer ou éteindre la lumière, il ne sait plus que faire. Ses cauchemars hantent ses jours tandis qu’il ne supporte plus les ténèbres. Les ombres grandissent alors que la lumière, par son déclin, apporte son lot d’angoisse. Il se drape dans le silence qui se joue de lui et l’obsède…

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