Le banc a posé ses pieds une bonne fois pour toutes et il attend tranquillement le défilement des journées. Le soleil brûle ses couleurs, la pluie les lave et le vent les balaie sans y penser. Les enfants passent devant lui en courant ou en trottinant, ou bien sagement en tenant la main de Maman. Les voix le sortent de sa torpeur. Quand le temps le permet, les habitués s’assoient et regardent les passants sans les voir.

 

Lorsque ce sont des hommes d’un certain âge, ils discourent et s’animent. Ils parlent football ou du jardin potager qui pousse, mais qu’il faut bien arroser. Chacun y va de sa méthode qui est forcément la meilleure ! Celui-ci se plaint du dos, l’autre de sa hanche. Et une jupe aux jambes pétillantes de jeunesse passant par là, ils retrouvent alors leurs vingt ans et oublient leurs bobos en échangeant un sourire complice entre eux. Un petit coup d’œil amusé de la charmante personne et les voilà aux anges. Alors, ils se rappellent le bon vieux temps, à l’époque où… « Ben mon vieux ! Si tu m’avais connu en ce temps-là ! » Et c’est à celui qui rêvera le plus. Les femmes parlent quant à elles des petits-enfants qui sont bien effrontés et veulent tout immédiatement aussitôt pensé ou de leurs enfants dont le couple ne marche pas très bien : « Mais c’est à cause de lui – ou d’elle – qui travaille trop – ou ne travaille pas. Elle est trop coquette, il ne l’est pas assez. Il veut sortir,  elle ne veut rien entendre… »

 

La vie se déroule paisiblement sur le banc. Les amoureux s’y donnent rendez-vous, le cœur battant. Le premier arrivé attend avec impatience l’autre. Il regarde fébrilement à droite, puis à gauche, et consulte plusieurs fois son téléphone. A l’arrivée de l’être aimé , un sourire immense ouvre ses lèvres inquiètes et ses yeux brillent comme si le monde s’ouvrait devant lui.  Le vieux banc est là depuis toujours et il attend tranquillement que les journées passent, si différentes et si identiques.

 

 

 

 

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