Traînant des pieds, le cartable trop lourd, il peine à entrer dans la classe. L’œil aux aguets et le geste hésitant, il mordille sa lèvre. L’heure a sonné et la voix de la maîtresse s’élève, étouffée par le panneau de bois. Il touche la poignée de la porte, l’effleure du doigt et retire sa main, comme s’il s’était brûlé. Il pose son fardeau à ses pieds, se gratte la tête où un épi vient de se former à l’endroit même qu’il vient de déranger. Puis il se ravise, fait le geste de frapper à la porte lorsque l’angoisse le saisit ! Il ramasse son cartable sans réfléchir et se met à courir sur la pointe des pieds dans le couloir qui lui semble hostile. Il laisse derrière lui sa peur des autres et sent le poids de sa misère s’éloigner de ses épaules dans sa fuite. Vient alors la culpabilité d’avoir fait une bêtise, mais la liberté qui le saisit lui donne le vertige du pouvoir, celui d’avoir échappé à la classe.

 

Qu’il est loin, ce souvenir, loin derrière lorsqu’il franchit la grille de l’école et qu’il plaque un gros baiser sur chaque joue ronde de son enfant. Il est devenu un homme et ses craintes enfantines se sont envolées avec les années. Il a cependant conservé l’inquiétude des retards et l’obsession de l’heure. Il en a fait son métier et est entouré de pendules et d’horloges anciennes qu’il prend plaisir à nettoyer et à cajoler…

 

2807999906_abb274c857.jpg

Retour à l'accueil