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La grand-mère caresse distraitement les cheveux de l’enfant qui se blottit contre elle. Elles sont lovées dans le fauteuil rouge qu’aime tant l’aïeule. Il est près de la fenêtre qui donne sur le jardin. De là, elle peut voir les oiseaux se poser sur l’herbe et picorer les miettes des repas d’été et certain chat venir en douce les guetter, la frimousse triangulaire au ras des brindilles et la queue fouettant l’air.

 

Les choses vont mal ce soir car la maman s’est fâchée très fort et la petite fille a encore les yeux rouges. Ses sourcils froncés soulignent son regard où l’orage lâche ses éclairs étincelants. Son corps est secoué de sanglots rageurs. "Pourquoi pleures-tu ? Qu’est-ce qui se passe ?" Devant le silence têtu, la vieille dame aux yeux délavés insiste : "Qu’est-ce qu’il y a ? Tu me racontes toujours tout. Tu ne veux pas ? C’est si grave ?" La fillette lève des yeux désespérées où le chagrin le dispute à la fureur. "Maman ne veut pas m’acheter le jeu que je t’ai montré l’autre jour", dit-elle d’un ton boudeur. "Il est pourtant trop génial ! Tout le monde l’a à l’école, je suis la seule à ne pas l’avoir ! Maman me dit que je n’en ai pas besoin et que ça n’est pas le moment. Pas juste ! Pas juste !" Dit-elle. Et elle scande les syllabes d’un plat de la main sur le fauteuil.

 

Alors, sa mamie se penche vers elle et lui plaque un gros baiser sonore sur la joue. Un grand sourire apaisant mais taquin fend son visage dont la beauté n’a pas été altérée par le temps. La sérénité qui se dégage d’elle envahit l’atmosphère aussi sûrement que le parfum de l’herbe fraîchement coupée. L’enfant est stupéfaite et se fige, se demandant ce qui se passe. "Je te souhaite de ne pleurer dans ta vie que pour un jeu que tu voudrais et que tu n’auras pas", dit-elle. Puis elle s’adosse avec douceur et son regard devenu énigmatique se perd vers le lointain à travers la vitre. La jeunesse éclate en cris et hurlements. La patience est une sagesse qui vient avec le temps.

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