Nous quittons notre appartement parisien moderne et douillet pour nous rendre à notre vieille maison de campagne. C’est une demeure familiale héritée par notre père et son frère et qu’ils conservent ensemble. Nous nous y rendons parfois durant certains week end et durant les vacances.

 

La voiture s’arrête devant un haut portail en fer forgé un peu rouillé, qu’une chaine empêche d’ouvrir. Une longue allée s’offre à notre vue, bordée d’arbres dont les couleurs orangées annoncent la Toussaint. Au bout de celle-ci, la maison nous attend. Les volets fermés lui donnent une allure abandonnée. Les feuilles qui jonchent le sol et les rosiers aux allures mutines accentuent cette impression.

 

Une fois la porte ouverte et les volets à la peinture écaillée repoussés avec fracas, la lumière entre à flot ! Nous posons les bagages dans les chambres. Et tandis que les parents s’affairent à redonner temporairement vie à la vieille maison, nous courons à travers toutes les pièces, ravis d’être de retour, mais aussi un peu inquiets.

 

Car l’héritage familial reste encombré des objets qui ont traversé les années. Impossible de jeter quoi que ce soit, tout est un souvenir pour les deux frères. Des statues au regard vide nous observent, des portraits peints et des vieilles photos nous épient. Des boites mystérieuses occupent les vieilles et hautes armoires emplies de draps et d’objets de toutes sortes. Les tentures aux motifs de théâtre cernent les fenêtres.

 

Le soir venu, nous nous glissons dans nos draps frais, heureux de pouvoir partager la même chambre lorsque nous tenons à notre indépendance à Paris. Car tous les fantômes du passé viennent  nous visiter d’une manière indicible. La nuit une fois tombée, nous nous cachons sous les couettes gonflées de plumes et écoutons les bruits de l’habitation. Par moment, les craquements des meubles viennent troubler le silence. Ils gémissent et se plaignent du temps qui passe. Les souris s’enfuient dans un piétinement léger devant les chats venus chasser. Le hululement de la chouette notre voisine nous souhaite plusieurs fois la bienvenue.

 

D’autres bruits que nous ne parvenons pas à déterminer viennent alimenter notre imagination. Jusqu’à ce que le sommeil vienne nous emporter dans ses nuits emplies de rêves.

 

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