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Dans le jardin pousse un rosier un peu terne, triste et maigre. Le propriétaire des lieux le dorlote, le soigne, lui parle, mais rien à faire ! Il est poussif, et n’a aucune envie de donner le meilleur de lui-même. Les roses qui poussent sur les tiges épineuses et agressives sont d’un jaune étrange et banal. Un beau matin, le jardinier exaspéré décide qu’il est temps d’en finir ! Il prend son outillage d’un air décidé et part avec la ferme intention de remplacer l’imposteur par un rosier qui lui apportera de meilleures satisfactions.


Sur le lieu de l’outrage, il enfile ses gants et scrute les tiges faméliques afin de commencer la mise à mort. Mais tout à coup, un doute subsiste… Il approche un peu mieux son visage, glisse le long du rosier et enfonce la main avec prudence pour en faire jaillir… un bouton de rose à la couleur nuancée de jaune et à la douceur tendre. Il hésite, repousse sa casquette de la main droite pour gratter son crane dégarni et se redresse. Puis il se repenche, recommence son investigation et cherche un peu plus longuement.


D’abord ébahi, il constate que la merveille est bel et bien unique. Dépité, il hésite encore. « Ma belle, dit-il, puisque tu as éclos dans ce massif, je te laisse vivre et lui avec. Mais à ta mort, je serai sans pitié ». Et c’est ainsi que l’exécution programmée a été retardée de quelques jours.

 

La jolie fleur, heureuse, s’est doucement épanouie. Elle a terminé son enfance et atteint le bel âge. Le bouton devient alors une magnifique et grande rose qui dépasse toutes ses sœurs. Celles-ci sont jalouses et la détestent. Elles la poussent et l’étouffent, mais rien n’y fait. Elle dépare et sort tant du lot que le jardinier vient la regarder plusieurs fois par jour et la couve du regard. Son épouse arrive armée d’un sécateur afin de couper la charmeuse et s’emparer d’elle. « Non, dit l’homme ! Laisse donc ! Elle mourrait trop vite sans lumière et sans air, enfermée dans un vase. Profitons de cette beauté inattendue. » Elle vit ainsi, indifférente aux autres, et la fraicheur de sa couleur aux nuances innombrables ravit tous ceux qui viennent s’extasier. Les pétales veloutés et les rondeurs de la rose invitent à la douceur.

 

Cependant, ainsi va la vie, la maturité arrive. La fleur devient un peu plus terne chaque jour, ses pétales s’ouvrent trop jusqu’à finir par tomber. Elle s’étiole et ne peut lutter contre le temps qui passe. Il est grand temps d’en finir ! Le jardinier met sa menace à exécution et coupe et arrache, fait place nette et finit par brûler le rosier de la honte.


Il en est ainsi de toute chose. La beauté est éphémère, unique et finit par lasser. Lorsque l’attrait n’existe plus, les jalousies s’éteignent comme la passion et laissent place à l’indifférence.

 

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