Il neige sur la ville et sur son cœur. Les yeux rivés à la fenêtre, il s’est assis près du feu qui crépite dans le silence. Ses mains burinées sont traversées par des veines bleues saillantes qui racontent les chemins de sa vie. Les flocons froids tombent sans bruit. Le tic tac de la pendule rythme les battements de son cœur lassé. Sur ses genoux traine un morceau de papier qu’il a laissé tombé. Il est un peu froissé, comme si la main qui le tenait s’était crispée dessus.

 

Par moment, il frotte son menton mal rasé et le crissement emplit la pièce. Un soupir éclate à ses pieds et le fait sortir de ses pensées. Il se penche un instant et le mouvement attire l’attention du chien qui tourne paresseusement l’œil vers lui et remue vaguement la queue. Il a l’air de dire : « Je suis là, ne t’inquiète pas. Je sais, je sens… » Il change alors de position pour poser sa tête sur le pied de l’homme et le rassurer.

 

Il neige sur la ville et sur son cœur. La vie s’écoule sans lui et le laisse derrière à la traîne. Les flammes de l’âtre dansent doucement et réchauffent son corps, à défaut de réchauffer son cœur. Ses sourcils sont si épais qu’on ne voit pas la totalité de ses yeux. Un éclat a brillé sur sa joue et glisse pour s’éteindre plus bas…

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