La journée s’achève et ferme les yeux, la ville se couvre du voile noir de la nuit. Le silence s’installe, et la vie obscure commence à bouger. De petits bruits furtifs, des bonds dans les herbes hautes, des froissements d’aile sont à peine audibles à l’oreille qui s’assoupit. La citadelle se dresse sur ses hauteurs et ouvre l’œil…

 

Elle s’entoure du mystère d’un long passé. Construite, améliorée, brisée et reconstruite, la sentinelle est toujours là, fidèle à son poste. « C’est la plus puissante forteresse de mon Royaume », dit avec fierté Henri IV, le roi gascon.

 

Le bruit des pieds qui s’empressent sur son chemin de ronde trouble parfois ses pensées comme dans un rêve. Elle entend encore le dialogue du maçon et du diable qui signèrent ensemble un pacte afin de pouvoir construire la guérite surplombant la Durance. Des cris et des appels  traversent quelquefois ses souvenirs lointains. Elle entend encore les talons des bottes de Napoléon piétiner les marches avec rapidité et impétuosité. Elle sent par moment la tension des vies antérieures entre douleur et joie qui hantent les lieux se glisser entre les murs épais et ramper sur les pierres.

 

Le matin revenu, elle s’apaise et retrouve son calme. Ses épaules carrées étrennent le vide de ses cours emplies durant l’été par des silhouettes au pas léger et hésitant. Le cliquetis des appareils photos comble le silence troublé durant l’hiver par le mugissement du vent autoritaire qui la bouscule familièrement, unis tous les deux depuis si longtemps. Chants, musiques et dialogues viennent également interrompre ses longues soirées de veille solitaire.

 

La citadelle ressemble à un vaisseau de pierre flottant fièrement dans les airs, visible de loin et semblant dire : « Attention, je suis là et je veille… »

 

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