Les chemins de la vie ont creusé mon visage. Ils ont écrit sur ma peau et racontent mon histoire. Elle ressemble un peu à la tienne. Je suis née, j’ai vécu, j’ai aimé et souffert, j’ai ri et pleuré, l’espoir a emballé mon cœur et le chagrin l’a éteint. J’ai pris des coups, j’en ai rendu. Et bientôt, le monde oubliera mon passage sur la Terre. Mes mains se sont serrées dans un poing de rage ou de douleur, elles se sont ouvertes en gestes d’amitié et pour te donner ce que je pouvais partager. Mes bras se sont serrés contre moi et sur celui que j’ai aimé.

 

Ma vie tient dans les traits de mon visage, dans le blanc de mes cheveux. Elle tient dans les images que j’ai conservées au creux de ma mémoire, tant bien que mal car elles s’effacent parfois avec le temps qui passe. Mes lèvres fines sont usées d’avoir embrassé le monde. Mon dos s’est courbé à force d’attendre les visites en me penchant par la fenêtre. Mes jambes me portent désormais de plus en plus mal. Elles ont porté mes enfants, leur père, mes parents et les siens. Elles ont porté les voisins, les amis et la famille. Elles ont porté mon labeur et mes pas pour aller vers les autres.

 

On lit en moi si facilement, il suffit de me regarder. Mais combien osent me regarder encore alors que je suis vieille et que je leur rappelle leur futur ? Les pages de mon passé se sont cornées avec la peur de les oublier. Je n’ai plus tout à fait d’avenir, sinon celui d’attendre que vienne à ma rencontre la fin de mon aventure. Car oui, ce fut une aventure d’oser exister, d’oser aimer, d’oser apprendre, d’oser laisser une empreinte, aussi modeste soit-elle. L’histoire du monde est une trame faite de tous ses maillons afin de former la chaîne de l’existence de l’univers. Aussi petite puis-je être, il ne serait pas ce qu’il est si je n’avais pas existé, comme toi, comme lui, comme eux, comme vous…

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