C’est toujours au même moment que la sensation apparaît. En général, elle monte à partir de la fin de la journée, lorsque tout le monde est rentré chez soi et que les portes sont fermées. Elle fait comme un creux au niveau de l’estomac qui remonte jusqu’à l’œsophage. C’est un peu comme si le cœur s’ouvrait sur un manque d’air et s’accélérait.

Dans ces cas-là, la solitude lui tombe sur les épaules qu’il courbe brutalement. Alors, pour ne pas y penser et par peur de ressentir cette sensation, il a fini par ouvrir le bar et se servir un verre. Juste un petit verre. Un seul, ça ne peut pas faire de mal !

 

Le silence qui occupe l’appartement a fini par prendre toute la place. Il finit par allumer la télévision et zappe un peu n’importe comment. Du coup, il se verse un autre petit verre. Le premier a commencé à le décontracter. Il se sent un peu mieux. Il se cale dans son fauteuil, pose la télécommande. La chaleur est montée dans son corps et il se sent bien…

 

En rentrant du travail, le soir, il ferme la porte à clé sur son manque d’amour et de chaleur humaine. En lançant un regard à travers les pièces, il ne voit rien qui puisse changer le cours de sa vie. Les objets ne bougent pas, ne lui parlent pas, ne respirent pas. Son chat vient se frotter avec force et délicatesse sur sa jambe. Mais l’angoisse recommence à monter. Avant de préparer le repas, il se met un fond musical, n’importe lequel pourvu qu’il y ait du bruit, un autre que le ronronnement du chat… Il hésite et se dirige vers le bar…

 

Les soirées passent, les week end devenus sans fin deviennent pesants. Mais qu’importe ! Il n’a besoin de personne dans le fond ! Même les appels de ses amis et leurs invitations l’ennuient. « Leur bonheur me déplaît ! Je suis libre ! Je ne dois rien à personne ! Pas d’histoire ni de querelles ! »

 

Son haleine devient de plus en plus lourde. Ses yeux regardent au loin, sans jamais savoir où s’arrêter désormais. Ses traits se creusent. Ses mains se mettent de plus en plus souvent à trembler. « Je suis fatigué, les vacances me feront du bien. » Il ne se pose pas la question de savoir où aller. Il ne se pose plus la question de savoir avec qui parler et qui écouter.

 

De plus en plus souvent, des bouteilles gisent sur la table sans qu’il n’aille les jeter rapidement. On a alors l’impression qu’il y en a beaucoup. Mais c’est juste une impression car il ne jette pas assez vite, c’est tout… Il est bien chez lui, il ne ressent plus la douleur et la peur de ne pas entendre de bruit dans l’appartement. C’est simple, il se sent si bien qu’il n’a même plus envie de sortir, excepté pour aller faire des achats. Oh ! Juste l’indispensable, il a besoin de peu de choses. Pensez-vous, un homme seul !

 

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