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Je feuillette fébrilement l’album de photos. Mon esprit vagabonde et j’ai du mal à me concentrer. J’ai peur de poser ma main sur mon cœur, de peur de n’y rencontrer qu’un trou. J’ai peur de respirer, de peur de ne pas entendre le téléphone sonner. J’ai peur de quitter la pièce, de peur de rater quelque chose d’essentiel. Je suis clouée dans le fauteuil du salon. Mes jambes ne  me portent pas. Je n’ai pas le courage de lever les yeux vers les regards salés de larmes. Mes mains écornent puis lissent des petits mots de toi que te faisaient faire les maîtresses pour Noël ou la fête des mères et des pères.

 

Mon esprit remonte le temps. J’entends encore ta voix éclatée de joie dans l’appareil téléphonique : « Maman ! C’est trop bon ! Je suis reçu ! Ton fils est bachelier ! Vas vite le dire à papa ! Je vais fêter ça avec les potes ! » Et moi lui dire : « Fais tout de même attention ! » Et lui de rire comme il le fait toujours à chacune de mes inquiétudes si nombreuses, m’embrasser et raccrocher.

 

Je revois tes rentrées de classe, la taille qui te mesure, les bougies sur les gâteaux d’anniversaire et les rubans qui frisent et trainent sur le sol, ta bouche édentés, le landeau, mon ventre rond, l’image sur l’écran de l’échographie, ton père qui m’embrasse lorsque je lui annonce que tu existes !

 

J’entends encore la sonnerie qui retentit dans mon rêve et qui finit par me réveiller ce matin, à 3 heures. Je prie Dieu, Marie qui est une mère comme moi, je prie Bouddha, les anges et le diable s’il le faut ! A chaque seconde, il me semble entendre ton pas résonner dans l’entrée et que tu vas débouler dans la pièce. Et je pense à tous ces parents, à mes sœurs et frères dans la peine, qui attendent, quelque part, après l’annonce de la disparition de leur enfant, de leur vie…

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