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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 16:26

Nous sommes nombreux autour de la table aujourd’hui. Tout le monde rit et chante. Il y a tous les âges, les générations se mélangent, mais ce sont les plus âgés aujourd’hui qui sont à l’honneur. C’est une vraie pagaille, les plus jeunes courent en criant, certains s’agrippent aux manches des adultes, déstabilisant leur équilibre. Sur la nappe blanche, les restes du repas ont été enlevés afin de faire place à un énorme gâteau. Il y a cinquante bougies dessus, mais une fumée épaisse  monte des mèches. Elles viennent d’être soufflées. Dans ce joyeux brouhaha, je les regarde tous, les uns après les autres. Je devrais dire que je les contemple. C’est ma tribu. Notre tribu. Nous sommes là tous les deux, à fêter nos cinquante ans de mariage, et nous avons pu rassembler autour de nous notre famille au complet.
Je te regarde du coin de l’œil. Je vois bien que tu souffres. Le médecin avait dit qu’il y avait peu d’espoir pour que tu sois avec nous aujourd’hui, mais tu t’es ba    ttu si fort pour être là ! Tes cheveux blancs surmontent ton teint si pâle et tes joues creuses. Tu es assis, mais il me semble que tu es prêt à vaciller. Je voudrais que tu ailles t’allonger, mais tu ne veux pas. Tu es si heureux d’être là aujourd’hui ! Tout le monde s’est débrouillé pour être présent. Tous savaient l’effort que ça représentait pour toi. Le bruit et l’agitation te fatigue, mais je vois dans tes yeux ton sourire de tes vingt ans.


En passant ma main sur ta joue parcheminée, j’aperçois mon alliance jeter un éclat discret sous les lumières. Elle est fatiguée, tout comme ma peau d’ailleurs. Lorsque tu me l’as passé au doigt, elle était plus lisse et plus douce... Je sais que tu t’inquiètes, que tu demandes ce que je vais devenir lorsque tu seras parti. Moi, je me demande comment tu fais pour supporter cette souffrance lancinante qui déchire ton corps. Tu ne prends plus de médicaments, tu n’as plus à supporter la chimiothérapie. Ta maladie très avancée a pris le pas sur toi désormais, et le crabe t’a serré entièrement dans ses pinces cruelles.


Nous avons fait ensemble tout ce qu’il fallait pour que tu puisses partir tranquillement, et que les enfants n’aient pas à s’occuper de nos soucis. Nous avons trié nos photos une dernière fois tous les deux, et avons évoqué nos souvenirs. Nous avons parlé des lettres enfermées dans la boîte en métal qui est logée dans le placard de notre chambre. Des lettres, toute une chronique que nous nous sommes envoyée dès que nous n’étions plus ensemble, afin de tromper le manque de l’autre. Nous nous sommes demandés s’il fallait les détruire ou au contraire les conserver comme témoignage du passé. Sont-elles trop intimes ou au contraire, pas assez pour être lues par d’autres ?


A présent, je vois que tu vas très mal. Vite, je demande de l’aide afin de te mettre dans ton lit. Tes yeux partent dans tous les sens, tu me cherches du regard, affolé par ce qui t’arrive. Les enfants cessent de courir et regardent les adultes s’agiter dans tous les sens. Quelqu’un crie : « Vite, appelez un médecin ! » Je m’approche de toi, j’interdis qu’on me repousse d’un geste sec ! Ton regard fixe le mien, les traits de ton visage se tordent. Je ne veux pas te quitter, pas maintenant ! Nos enfants sont là, autour de nous, désemparés. Le docteur arrive en courant, l’ambulance est là, mais je sais que tu veux rester ici, dans cette maison. Nous partons ensemble dans notre chambre, en compagnie du personnel médical dont je ne vois plus que les blouses blanches. Car je ne vois plus que toi, et ta vie qui te quitte et me quitte en même temps ! Je referme la porte sur nous, pour la dernière fois.

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Published by redactionfacile - dans histoire courte
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  • Françoise LATOUR
  • Je suis rédactrice et journaliste.
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La banalisation du matériel informatique et d’Internet est telle aujourd’hui que tout le monde ou presque a un site Internet ou un blog. Les professionnels savent bien que c’est un passage obligé pour communiquer et les particuliers partagent ainsi leur savoir.

 

Le contenu d’un article ou d’un communiqué de presse n’est pas toujours facile à écrire, même lorsqu’on a l’idée. Tous ceux qui ont du rédiger se sont retrouvés confrontés à cette réalité. Sans compter l’inquiétude des fautes dont tout le monde parle, mais qu’on ne voit pas toujours. Ou qu’on ne voit jamais !

 

C’est pourquoi j’ai décidé d’utiliser mon expérience professionnelle dans le domaine de l’écriture et du télétravail afin de permettre à tout un chacun de pouvoir se concentrer sur l’essentiel de son site ou de son blog, ou d’une manière plus globale, à son activité principale et de ne pas perdre de temps dans une écriture aléatoire.

 

Professionnels ou particuliers parce que nous avons tous besoin d’écrire dans la vie courante, vous trouverez ici l’aide nécessaire à la rédaction ou à la correction de vos articles, comptes-rendus, biographies, courriers, P.V., etc…. Il vous suffit de me contacter. Nous parlons ensemble de vos besoins  et un devis gratuit vous permet de connaître le coût de mon travail. Et cela dans la discrétion, bien entendu.

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