Quelques instants dans la pénombre, il emplit le plus possible ses poumons d’air qu’il rejette doucement par les lèvres. Son cœur bat la chamade dans sa poitrine, comme s’il voulait en sortir. Il n’entend rien, sinon les tempes qui font un bruit d’enfer dans ses oreilles. Son esprit est tendu dans ce moment unique qu’il répète pourtant chaque soir et qu’il aime tant. L’adrénaline brûle son corps. Il retarde légèrement le moment d’entrer, et profite encore un peu de cette angoisse qui lui prend l’estomac quelques heures avant. Il ferme les yeux quelques secondes, fait quelques pas… et jaillit dans la lumière qui l’aveugle et l’illumine.

 

Il vient d’entrer dans un autre monde. Il n’entend plus le bruit de ses pas sur la scène. Il distingue les sommets des visages tournés vers lui. Il est entré dans la peau d’un autre, et n’est plus lui. Son cœur s’est apaisé, l’adrénaline est moins forte. Mais là, sur les planches, il se sent vivant plus que jamais. La chaleur des projecteurs est imperceptible, mais finit par la sentir sur son visage. Sans s’en rendre compte, il entend le silence des spectateurs qui sont en osmose avec lui. Le temps est suspendu, et il sait qu’il a réussi à les convaincre. Il s’est fait aimer et les applaudissements le nourrissent, comme la récompense suprême. Une fois le rideau tombé, le moment d’extase qui l’a possédé vient de le quitter. Il est en manque.

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