C’est lorsqu’il se pencha en avant que son parfum monta jusqu’à mon nez. Jusque-là, rien ne semblait présager qu’il ait remarqué ma présence. Nous étions attablés côte à côte, et nous ne nous connaissions pas. Il était arrivé après moi. Il y avait déjà une demi-heure que mes pensées étaient perdus dans une aventure antique. Les pages de mon livre tournées avec rapidité faisaient un doux bruit feutré. L’impatience de connaître la suite m’avait envoyé plusieurs siècles en arrière.

 

La tasse de thé ne fumait plus depuis un moment. J’avais bu quelques gorgées, mais la curiosité me l’avait fait oublier. La porcelaine était si fine que la lumière la traversait sans peine. J’aimais venir dans ce salon de thé. L’ambiance ouatée et raffinée me permettait de me détendre et d’oublier durant une heure l’insolence devenue quotidienne des clientes aisées de la parfumerie.

 

Et tandis que je frémissais de savoir qui avait imaginé ce plan diabolique pour faire disparaître Pharaon, le parfum de mon voisin de table me ramena au XXIème siècle. Je n’avais qu’entraperçu sa stature masculine qui dénotait dans ce salon qui s’adressaient à des femmes aux cheveux blancs à l’élégance surannée. Troublée par cette présence olfactive qui venait d’interrompre mon voyage intérieur, je finis par jeter discrètement – ou bien l’ai-je cru – un coup d’œil vers ce client inhabituel. Mon regard tomba sur une main ferme et soignée, remonta le long d’un bras couvert d’une manche en laine fine, heurta un menton rasé de près et décidé… et finit par rencontrer des yeux gris qui me voyait l’observer ! C’est ainsi que nous fîmes connaissance…

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