J’aimais venir chaque jour en fin d’après-midi m’asseoir sous cet arbre et laisser mon regard se perdre au loin. J’ai pu ainsi voir des champs se couvrir d’une herbe douce et soyeuse à la couleur verte qui changeait au fur et à mesure qu’elle grandissait.

Le vent venait caresser son velours dont les vagues naissaient sous son souffle et glissaient sur cet immense tapis qui devenait de plus en plus dense pour mourir tout au bout, loin de ma vue.

J’ai vu les couleurs se transformer et s’affadir, s’éclaircir comme si elles perdaient la vie. J’ai vu les herbes changer de forme, grandir et se doter doucement d’épis qui émergeaient. Le velours du champ devenait plus épais et il perdait sa douceur.

La blondeur du blé qui se dressait avec indolence vers le ciel finissait par crier son étincelante maturité sous le soleil qui l’inondait de lumière. Le vent jouait encore et toujours avec le champ et passait ses doigts dans ses cheveux pour les peigner sans brutalité.

Chaque jour, en cette fin de journée, le silence régnait dans l’atmosphère apaisante et que rompaient dès le printemps les trilles des oiseaux et le vrombissement des insectes. Les parfums de la nature changeaient au fil des saisons. Je ne ratais pas ce rendez-vous qui m’appelait dès que l’heure du goûter sonnait.

Puis, quand venait le temps des moissons, j’entendais les appels des paysans qui s’interpellaient et le moteur du tracteur brailler. Lorsque venait ce moment, je préférais rester à l’intérieur de la forêt, sous son ombre protectrice, pour ne pas voir.

Lorsque ma mère cuisinait avec la farine, un peu de sa poudre blanche tombait sur la table de la cuisine. Je passais la pulpe de mon index sur la table et j’y dessinais un cœur. Puis je soufflais avec précaution sur ce dessin et j’imaginais le vent caresser les épis de blé sous un soleil radieux.

Le champ de blé
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