Les ruines

Vieille maison qui a vécu, pierres délaissées, murs abandonnés, les ruines s'érigent vers les cimes des arbres. L'âtre ne réchauffe plus les corps. Le vent s'est installé en propriétaire. Les fenêtres sont des trous béants au regard vide. Une vieille porte au bois dévoré ne tient que par un seul gond, prête à tomber au moindre soupir. La masure est dégarnie et coiffée par le ciel. Les pierres qui jonchent le sol forment des tapis durs et glacials. La nature a repris possession des lieux que les hommes lui avaient volés. Les arbres se sont resserrés.  

La vieille maison est accrochée au flanc de la montagne. Les insectes et les oiseaux y ont élu domicile. Entre ses racines, au pied des murs délabrés, les traces invisibles de dizaines de mains ont creusé des vies trop âgées pour qu'on s'en souvienne. Des enfants y sont nés. Des hommes et des femmes y ont ri, essuyé leurs larmes et fermé les yeux de leurs parents.

Certains jours d'été, des silhouettes poussent à travers les arbres, faisant rouler quelques pierres sous leurs pieds. La vieille maison retient son souffle et écoute les bruits. Des voix déchirent le silence. Le sol retrouve le piétinement des pieds qu'il avait oublié. Les murs se souviennent. Pendant une heure ou deux, la masure respire des bribes de sensations disparues. Les oiseaux se sont envolés pour se nicher dans les arbres. Ils se taisent. Le vent caresse la chaleur des corps.

Lorsque les visiteurs sont partis, le silence retombe sur le sol. Une pierre a le hoquet et glisse une dernière fois. La vieille maison se rendort et attend.

©Françoise LATOUR

 

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