Nous étions jeunes et insouciants. Nous gambadions sur les chemins de notre vie dans l'assurance de notre éternité. L'enfance s'est envolée, l'adolescence nous a interpellés. Devenus adultes, nous avancions au gré des hasards qui nous ouvraient leur porte. Tout était possible et le monde n'attendait plus que nous.

Les rencontres se sont accumulées, saupoudrant sur les traces de nos cheminements les restes de nos espoirs et de nos désillusions. Comment aurions-pu avoir conscience que nous semions derrière nous les restes d'une existence parsemée d'erreurs ?

L'invincibilité a vacillé au fil des enjambées comme la flamme d'une bougie dans le souffle de nos vies fragilisées. Sa lumière se rapetissait pendant que l'obscurité enflait imperceptiblement à chaque respiration.

Le moment de faire le bilan arriva plus vite qu'on ne le pensait. La dernière porte s'entrouvrait dans un léger bruit de page qu'on tourne avec douceur et lenteur. La jeunesse avait fini de glisser sur nous comme une pluie fine et rafraichissante.

Nous nous étions posé les questions aux premières rides sur l'empreinte que nous laisserions. Inquiets de ne pas avoir su profiter de notre chance, nous avions tenté d'avertir ceux qui nous suivaient. Ils étaient jeunes et insouciants. Ils gambadaient sur les chemins de leur vie dans l'assurance de leur éternité.

©Françoise LATOUR

L'éternité de la jeunesse
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