Le silence du temps

Les jours s'égrènent et le temps passe en silence. La pendule compte les heures. Le quotidien s'écoule comme une rivière qui entraîne les pierres sur son chemin immuable. De la naissance au dernier jour, les souvenirs se tissent à chaque minute.

La colle sentait l'amande. L'encre violette tâchait les doigts et le papier buvard. Les rangs se formaient dans des chuchotements réfrénés sévèrement. Les yeux ronds d'innocence se regardaient avec malice. Les pieds claquaient le sol dans les courses effrénées. Les genoux étaient griffés et sales de terre. Les billes tintaient lourdement dans les poches. Les histoires d'amour sentaient le chocolat et la confiture.

La hâte de grandir faisait piaffer. La liberté sentait bon l'inconnue. Les premiers baisers, les émois d'adolescents et les rêves fous donnaient l'envie de crier et de se sentir adultes. Des coupes improbables et des tenues que les parents n'aimaient pas sont figées dans des albums. Les voix qui muent et les corps qui changent dérangeaient et rendaient fiers à la fois.

Déplier son premier bulletin de salaire, rentrer dans le rang, déménager puis fonder une famille, devenir responsable, regarder grandir ses enfants et vieillir ses parents en réalisant que le temps passe très vite. La maison familiale est vendue, les chambres enfantines se vident petit à petit.

Le miroir renvoie un visage qu'on ne connaît pas, qu'on ne reconnaît plus. Les années ont déposé des marques qui racontent une histoire comme les autres et si différente. La place à côté de soi devient vide sans qu'on s'en aperçoive. Les jours se sont égrenés et le temps est passé en silence.

©Françoise LATOUR

Retour à l'accueil