Le matin se levait à peine. Les oiseaux étaient encore endormis. Le brouillard matinal déroulait ses volutes blanches à ras du sol. Les fougères fouettaient les jambes. Le soleil encore ensommeillé étirait ses rayons entre les troncs fiers et droits. Les mors cliquetaient au rythme des sabots. L'air sentait la mousse, l'humidité et le cuir qu'on entendait craquer à chaque mouvement. Il n'y avait pas de paroles, chacun écoutait le silence de la forêt au petit matin. Les chevaux marchaient en colonne sage, les mains tenaient les rênes et flattaient leurs épaules. Les jambes tombaient le long des flancs. Tout était calme et léger.

Les rangées d'arbres se terminèrent à l'orée d'une étendue de vert. Des diamants de rosée brillaient sous le soleil qui continuait de se lever en douceur. La prairie magnifique et vaste s'offrait à la vue des cavaliers. Les chevaux renâclèrent d'impatience et les mains se raffermir sur les rênes. Quelques mots s'échangèrent, quelques conseils furent donnés. Puis, tout à coup, les talons poussèrent sur les flancs et déclenchèrent une impulsion qui ne demandait qu'à se détendre. Les rênes s'allongèrent et avec eux le cou des chevaux qui bondirent en avant !

Le vent sifflait dans les oreilles, la lumière aveuglait les cavaliers, les sabots tapaient sourdement sur l'herbe humide de la nuit. Il n'existait rien sinon cette liberté incommensurable et le mouvement des corps puissants contre les cuisses et les mollets. Certains poussaient quelques cris d'encouragement dans la crinière de leur monture. L'ivresse montait avec les minutes du galop cinglant. La cavalcade unissait les cavaliers et les chevaux dans le même désir d'exister dans cette liberté folle et magique.

Le soleil était monté un peu plus haut, les oiseaux commençaient à lancer les premiers trilles et à se répondre. Les premières maisons au bout du champ arrivaient à vive allure. Il fallut tirer sur les rênes, mettre le poids du corps en arrière et serrer les flancs. Les naseaux s'ouvrirent pour avaler bruyamment un peu d'air frais. L'ivresse passagère se calmait doucement. Le battement des cœurs reprenait un rythme plus apaisé. Les oiseaux chantèrent la venue de la journée printanière.

©Françoise LATOUR

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