Les grands de ce monde sont bien nourris et bien vêtus. Ils habitent dans l’or et le diamant au milieu de murs surmontés de caméras. Ils sont entourés d’une cour servile qui ronronne et leur caressent les jambes. Ces serviteurs méprisés regardent avec hauteur vers le bas. Le monde moderne a détruit les jardins nourriciers. La misère s’étale un peu plus chaque année dans les rues des villes tentaculaires et dévastatrices. Les robots faits pour aider les hommes prennent petit à petit leur place. Lorsque l’argent ne circule plus, le peuple crève de peur du lendemain qui déchante. Les gros sont bien à l’abri derrière les vitrages  qui les isolent des cris de l’extérieur.

 

Le monde s’endort dans le bien-être d’un nouvel esclavage. Chacun pour soi, les yeux rivés sur les écrans qui ouvrent à l’infini vers des contacts à l’autre bout de la planète, on passe sans les voir ceux qui n’ont plus rien et ne tendent même pas la main. Le toit de leur chambre est du même matériau que leurs draps de carton remontés sur les visages anonymes à la nuit tombée. La télévision et la surconsommation ont trompé les esprits pendant des dizaines d’années.

 

Dans ce bonheur solitaire et factice, nul n’a attaché d’importance aux murmures, bien certain d’être en paix. Lorsque ces murmures sont devenus des cris, il était trop tard. Les cris ont été étouffés par le chuintement des lames aiguisées,  les coups de feu et plus tard, les explosions entrecoupées de prières.

 

Le monde sursaute dans son sommeil à chaque éclat et n’ouvre pas les yeux. Pas encore, c’est trop tôt. Il a oublié un fait.  L’individualisme demeure tant que l’argent est distribué. Mais lorsqu’il ne l’est plus et que le désespoir rampe dans les rues, les hommes se rassemblent face à l’oppresseur.

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