Un compte de faits

Il était une fois un petit garçon qui rêvait de grandeur. Il ne fit pas d’études, quitta très tôt sa famille pour travailler. De petits boulots en petits boulots, son orgueil souffrait en silence de ne pas briller comme il l’aurait voulu. Il lui était impossible d’admettre qu’il ne devait qu’à lui ses échecs. Plutôt que de se remettre en question, il était persuadé que le monde était empli de médiocres servis pas la chance. Malgré ses bonnes intentions, il ne voyait aucune amélioration dans sa popularité. En levant la tête, il ne voyait jamais le haut de l’échelle sociale. Les échelons se dérobaient sous ses pas et le fuyaient.

 

Une fois devenu homme, il devint de plus en plus aigri. La jalousie rongeait son esprit. Il lorgna vers celles et ceux qui pourraient lui permettre de progresser dans la société et se rapprocha d’eux subrepticement. A force de flatteries et de rumeurs qu’il jetait sans compter, comprenant d’instinct la force de ces armes, il finit par se hisser au sommet. Les maîtres du pays lui donnèrent toute leur confiance. En se faisant aimer d’une poignée par hypocrisie et délation, il se fit haïr par la majorité.

 

Il saupoudrait adroitement une poudre étincelante dans les yeux de ses protecteurs et les enchantait du chant des sirènes.  Ils le congratulaient et le récompensaient chaque jour. Il  jouait à semer la zizanie au cœur même de la population en distillant des histoires qu’il inventait de toutes pièces. Son mépris des petits dont il était issu grandissait avec la puissance dont on l’affublait. Il siégeait au pied de ses maîtres, tel un chien bien nourri de leurs restes. Il se sentait grand, beau et fort !

 

La place qu’on lui donnait l’enivrait tellement qu’il finit par en oublier la prudence. Il croyait que le conte de fée durerait éternellement. Mais comme les enfants capricieux, il se retrouva un jour confronté à la réalité. A force de semer le trouble, il finit par récolter la haine. Un jour, le pouvoir fut renversé et avec lui son panier douillet. Il dut alors affronter les moutons qui avaient patienté, attendant le moment où ils allaient se transformer en loups et le déchiqueter de leurs crocs.

 

Le petit garçon qui rêvait de grandeur avait frôlé le firmament et s’était piqué aux pointes des étoiles. Il n’y eut plus de conte de fée, mais un compte de faits.

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