Dans l’atelier en désordre, des toiles blanches de tous formats voisinent avec des toiles recouvertes de couleurs. Il fouille avec fébrilité, regarde à la hâte les peintures, les repousse fermement, puis se tourne vers les toiles vierges, en choisit une et l’installe sur le chevalet. Ses traits sont tirés et son regard est lourd.

 

Il met les couleurs sur sa palette et prend un pinceau dans le pot en verre taché. Il se lance dans un projet à l’aveugle. Seul l’orage qui couve en lui le domine et dirige ses gestes. Ils sont à la fois amples et précis. Il n’entend pas le silence de l’atelier, sa musique intérieure est trop puissante. Elle mène sa main et son cœur déchiré en est le chef d’orchestre.

 

Le soleil s’arrête aux vitres sales. La joie n’ose plus entrer chez lui. Elle l’a quitté depuis qu’il sait que l’amour n’est qu’une légende, une belle histoire qu’on raconte aux enfants et qui les fait rêver. Il peint sur la toile les contes de son enfance, les leurres de sa vie et les larmes qui ne cesseront de couler qu’avec la fin de sa vie.

 

Son âme en lambeaux ne sourit pas. Il se sent si seul qu’il en crève et qu’il colle cette solitude sur ses œuvres. Elle prend des teintes lumineuses ou sinistres et déborde des cadres. Il peint comme on se coupe les veines, sans y penser et avec violence. Sa solitude accompagne tous ses pas, tous ses gestes. La mort traîne derrière lui et rôde dans son atelier. Elle sent son désespoir et ses luttes inutiles pour repousser ses chagrins.

 

Il expose dans les galeries les larmes peintes d’une vie sans amour et sans bonheur. Les gens achètent son chagrin qu’ils exposent dans leurs intérieurs vaniteux. Ils le prennent pour un génie et posent sur leurs murs les testaments qu’il écrit et réécrit. Ils paient sans rechigner le prix des cris d’agonie qu’ils ne peuvent pas entendre parce qu’ils sont sourds aux autres.

L’artiste peintre
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