La nuit est tombée, le silence éteint les bruits du monde. Elle a dîné en tête à tête avec elle-même. Elle s’est brossée les dents face au miroir qui l’observe. Elle a peigné ses longs cheveux en se regardant droit dans les yeux. Elle a glissé son corps longiligne entre les draps, dans un doux bruissement à peine audible.

 

Elle ferme les yeux et se met à rêver, comme tous les soirs. Elle imagine une histoire, une vie qui tournerait autour d’elle plutôt qu’elle ne tourne autour de sa vie. Elle imagine d’autres choses, d’autres lieux et d’autres visages. Elle s’invente des goûts qu’elle n’a pas et n’aura jamais, des souvenirs qu’elle n’a pas vécu.

 

Elle n’aime pas ce qu’elle est ni son vécu. Elle n’a que des regrets d’avoir autant de douleurs dans son cœur. Les décès et les échecs ont encombré sa route de tristesse et de déception. L’amour n’a pas été comme ce qu’elle pensait. Parfois, une petite goutte d’eau glisse sur une pommette, celle qui s’appuie sur l’oreiller.

 

Elle s’est endormie sur ses rêves, comme tous les soirs. Elle n’a pas senti dans son sommeil que sa vie épuisée a quitté son corps désenchanté qui la repoussait chaque jour. Elle s’est endormie sans faire de bruit, sans se faire remarquer, comme elle a vécu. Etouffée sous le poids de sa solitude.

La nuit sans fin
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