La pièce est sombre, le jour baisse les yeux sur le lit où git un corps silencieux. Une silhouette immobile se tient près de lui, la tête penchée, le regard attentif et le souffle retenu. Les mains se retiennent l’une à l’autre. Les paupières du vieillard sont baissées. Il paraît sans vie, si ce n’est les lèvres qui bougent doucement dans le silence pesant.

 

C’est la fin d’une longue vie, le couchant d’une histoire identique à toutes, mais si différente comme les autres. Le vieil homme fait entendre une voix fatiguée et les phrases se construisent avec lenteur. « Je suis né par erreur, » disent les mots. « Je n’ai pas demandé à  exister, mais le destin en a décidé autrement. J’ai dû vivre jusqu’à maintenant une si longue vie, j’ai dû marcher pieds nus sur les pierres de mes chagrins. J’ai  baigné mes pieds en sang dans les larmes du bonheur. Il est enfin venu l’heure de partir et d’effacer l’erreur d’une naissance qui ne fut pas souhaitée. Je pars l’esprit en paix d’avoir fait de mon mieux pour me faire pardonner. Mon esprit est en repos de ne pas avoir voulu le mal. Le silence va m’engloutir. L’existence s’efface sous le poids d’hier, je n’ai plus à porter demain. Dieu en soit loué. »

 

C’est la fin d’une journée comme les autres, lorsque le soir tombe en douceur et que la nuit s’étend en allumant les étoiles comme les flammes des cierges. Lorsque le matin se lève, il souffle sur les mèches vacillantes qui s’éteignent une par une sans bruit.

C’est la fin du jour
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