Je la vois encore, après toutes ces années. Je vois la silhouette tassée et immobile assise, ou plutôt abandonnée sur les marches. Elle est vêtue d’une sorte d’imperméable ou de blouson et la couleur jaune s’est imprimée dans ma mémoire. Le visage est baissé. On ne voit pas grand-chose de ce corps ramassé sur lui-même. Il faut regarder avec attention, mais ça ne se fait pas. On ne dévisage pas les gens, et particulièrement quand on ne les connaît pas. Des ombres montent et descendent en se hâtant l’escalier.

 

J’avance et mes pas rapides me rapprochent. J’aperçois une barbe et des cheveux gris. Les traits sont marqués et le visage voilé par la main tendue. Je suis horrifiée lorsque je réalise qu’elle est parcheminée. Quel âge ? Je vois tout à coup quelqu’un qui me semble vieux. La vieillesse est sans doute accentuée par ma jeunesse.

 

J’essaie de ne pas avoir le regard insistant. Je ne veux pas être impolie. Mais c’est plus fort que moi… Je me rapproche et je suis presque devant lui. La première marche est là. Mon pied se lève et mes yeux également. Je passe à côté de lui et je franchis la porte, frôlée par un quidam qui sort. Dans mon esprit vient de se graver ce que j’ai vu : Un visage tendu, vieux, des sourcils gris et des paupières baissées. Je me souviens de ce qui s’est échappé de cette vision, cette honte que ce vieil homme tente de retenir et qui s’échappe par tous les pores de sa peau.

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