Le jardin se languit de son jardinier. Les fleurs commencent à pâlir sous l’étouffement des  mauvaises herbes qui prennent leurs aises et s’étalent sans la moindre invitation à s’installer. La pelouse prend des allures mal peignées et les petites fleurs des champs ont parsemé sa couleur d’émeraude de tendres couleurs. Les arbres sont les plus sages et restent à leur place, conservant une allure bien éduquée. Eole a éclaté de rire et ses  débordements joyeux ont laissé des traces désordonnées.

 

Le jardin attend son jardinier. Il espère ses marques d’amour et ses gestes tendres. Les jours passent et il s’inquiète de ne pas le voir. Parfois, des pas pressés crissant sur le gravier qui s’impatiente et laisse traîner des cailloux lui fait espérer son retour. Mais le deuxième claquement de la porte d’entrée et le gémissement du chemin lui fait comprendre qu’il se trompe.

 

Le jardin s’inquiète pour son jardinier. L’anarchie a pris le contrôle et chacun fait comme il l’entend. Chaque espèce végétale tente de reconquérir un morceau du territoire jusqu’alors si structuré. La maison commence à prendre des airs tristes. Les volets constamment fermés lui donnent l’allure d’un visage aux yeux clos. Les fleurs se sont fanées, l’herbe conquérante gagne du terrain. Les feuilles des arbres se sont laissées tomber et gisent ça et là.

 

Le jardin ne résonne plus du sifflement joyeux de son jardinier. Le temps a passé et il s’en est allé vers d’autres cieux où les fleurs sont toujours colorées, où les arbres ne perdent pas leurs feuilles et où le vent joueur ne laisse pas de traces de son passage. Avec son grand chapeau et son tablier, il est parti cultiver les jardins d’Eden.

Le jardin et le jardinier
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