Mon nom est sur les journaux. On voit mon visage à la Une des informations. Alors qu’il n’y a pas si longtemps, personne ne me voyait ni ne m’entendait, tout le monde parle de moi en ce moment ! Si on m’avait dit il y a seulement deux jours qu’on verrait ma photo partout, j’aurais été le plus incrédule qui soit. Bien plus sceptique que Saint Thomas en personne.

J’étais invisible aux yeux du monde. Ils se détournaient tous de moi avec un sourire poli. On oubliait systématiquement mon nom. Il fut un jour où le silence s’est effondré sur ma tête comme le plafond de mes revenus !!!! Avec violence !!

Le drame était dans ma vie. C’était une souffrance de chaque minute. La peur ne me lâchait plus. Elle enserrait ma gorge. Mes dents étaient serrées sur elle pour qu’elle ne hurle pas par ma bouche. Les gens aimables à la vie lisse et au ventre bedonnant et bien rempli ne veulent pas attraper le malheur. Ils ont peur de la contagion.

Alors, tout ce raffut autour de moi, toutes ces personnes qui me plaignent et se souviennent tout à coup qu’elles me connaissaient peuvent parler de drame familial, de drame de la vie, et bla bla… On pose ma tête sur un oreiller doux et satiné entre les planches de mon lit en bois matelassé aux poignées ouvragées. Et alors ? Je voulais dormir entre des draps de coton, sur un matelas reposant dans une chambre au loyer payé tous les mois.

Je me suis heurté à la lumière des ampoules qui m’ont brûlé. On m’a chassé d’un revers de main sans me voir, comme un insecte encombrant, en me souhaitant une bonne journée. Et aujourd’hui, on ne dit que du bien de moi… Je me demande s’ils peuvent m’entendre rire en ce moment.

 

Un moment de gloire
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