Ce soir, les mots se refusent à moi. Ils se détournent et me fuient. Je les attrape avec mes mains, mais ils glissent prestement entre mes doigts. Je n’arrive pas à les coudre entre eux, ils filent comme des bas trop fins et délicats. L’aiguille de mes idées n’entre plus dans le tissu de mes histoires. Les chansons tournent autour de mon esprit et s’envolent dès que je me tourne vers eux.

Cette nuit, les pages restent blanches et fades. Elles ne prennent pas de couleur et le pinceau de mes idées reste sec et cassant. Il n’a pas la douceur de la soie. Il est rêche et sec comme du crin. Les dessins que je tente d’ébaucher s’effacent en riant aux éclats.

Ce matin, je me sens seul, comme si l’imagination avait pressé mon cœur. La plume qui crisse sur le papier a laissé couler une perle d’encre. Elle a fait un pâté qui ressemble à un papillon aux ailes déployées. Elles palpitent comme des pétales et il finit par s’envoler sous mes yeux. Ma bouche est pâteuse comme si j’avais trop bu et le mal de tête tambourine dans mes tempes.

La bouteille vide sur la table a trinqué si fort avec le verre qu’elle a renversé des gouttes. Elles ont laissé des traces plus sombres sur le bois. Le mégot a fini par se consumer et les cendres me font penser à une momie de cigarette. Je gratte le haut du crâne qui fait un bruit crissant et envahit mon cerveau. Mes idées s’entrechoquent entre elles et tintent joyeusement. Le soleil a jeté sur ma feuille blanche un rayon de lumière qui me sourit. Son éclat a attiré les mots qui se cachaient dans la pénombre. Ils se sont rués dans des phrases confuses qu’il a fallu ranger. Mon stylo y a mis bon ordre…

L’écrivain
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