La vie n'a pas d'odeur ni de goût. Les bruits sont insipides et les couleurs fades et tristes. Les murs sont glacials et le vide autour de moi transpire l'ennui et le silence. J'ai envie de hurler lorsque mes paupières se soulèvent. Je voudrais tourner la tête, mais je ne peux pas. Je voudrais me lever, mais je ne peux pas. Je voudrais parler, mais je ne peux pas !

Je ne sais pas ce qui se passe

Je ne sais pas où je suis ni ce qui m'arrive. Des silhouettes en blanc viennent parfois me voir et déplacer mon corps dans un frottement de tissu synthétique. Elles troublent le temps qui s'est immobilisé et s'est alourdi comme l'oiseau qui se fige dans son envol et retombe lourdement. Elles me parlent comme si j'étais sourd en levant la voix. Elles se parlent entre elles en chuchotant et même en tendant l'oreille, je n'entends rien.

Pourquoi est-ce que je suis immobilisé ? Pourquoi est-ce que mon corps refuse de me répondre ? Et je voudrais bien qu'on me dise où je suis... Il n'y a que les larmes qui sont encore vivantes en moi. Et encore, elles ne parviennent pas souvent à sortir de mes yeux. Elles sont elles aussi prisonnières de moi. Mais lorsqu'une perle de cristal parvient enfin à s'enfuir de mon corps, je sens à peine sa chaleur humide glisser sur ma peau. En séchant, elle laisse une impression étrange de tiraillement sur son passage.

Visites de l'infirmière et du médecin

L'arrivée d'une infirmière est annoncée par le coup brutal sur la porte suivi aussitôt par la poignée qui s'affaisse en criant sa révolte sous l'ardeur du mouvement. La blouse chuchote qu'elle s'approche de moi et précède le mot amical qu'elle me jette pour me rassurer et m'annoncer qu'elle est là. "Comment ça va, ce matin ? Vous avez bien dormi ? Vous avez faim ? Vous voulez que je vous ouvre la fenêtre ? Vous voulez que je vous remonte les oreillers ?" Il n'y a pas de dialogue puis que je ne réponds jamais. Ma bouche refuse de laisser passer les mots en train de bouillir dans mon cerveau enfiévré par la peur de ne pas savoir.

Un homme vient me voir avec deux ou trois femmes de son armée de personnel. Il m'entoure de sollicitude, veut me rassurer et me parle de mon état. Puis il se tourne vers elles et m'oublie complètement. Sa sollicitude sort de ses livres de cours.

Des espoirs

Parfois, une envolée de moineaux fait entendre ses battements d'ailes par la fenêtre. Mon cœur se met à battre avec eux et je les imagine entrant par la vitre ouverte et cueillir mon esprit de la pointe du bec. Ils emportent à chaque piaillement mes rêves et mes espoirs dans la chaleur de leurs plumes. Celles-ci sont taillées pour moi et j'écris sur les nuages mon désir de ne plus revenir dans ce corps inutile qui m'a abandonné.

Lorsque mes yeux se ferment sur mes rêves éperdus, je souhaite à chaque fois avec ardeur que c'est la dernière fois. Et pourtant, la rage de vivre lutte contre ma rage impuissante et le combat n'a pas de fin...

Après l'accident
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